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exclusives

Une entrevue exclusive avec lécrivain Marc Fisher
Traduit en plus de vingt-cinq langues, Marc Fisher est lun des auteurs québécois les plus lus à létranger. Il a écrit une vingtaine douvrages, dont la célèbre série du Millionnaire, ainsi que deux livres consacrés à lapprentissage de lécriture : Le Métier de romancier (aux éditions Trait Dunion) et Conseils à un jeune romancier (à Québec Amérique ou à Québec Loisirs). Les séminaires de création littéraire quil donne régulièrement sont également très courus.
J.C. : À quel âge avez-vous commencé à écrire et quest-ce qui vous y a incité?
M.F. : Jai commencé à seize ans et au début, comme beaucoup dados, je tenais mon journal intime, fait de tous mes émois dadolescence et de quelques notes de lecture. Jai commencé à lire beaucoup : romans, philosophie, poésie... Quant à ce qui ma emmené à lécriture, jai procédé par élimination en quelque sorte. Je ne me voyais ni médecin, ni avocat, ni comptable. Jaimais lire, et je me suis imaginé que je pouvais devenir romancier. Cest un peu bizarre parce quau fond, quand on est jeune, on ne se rend pas compte des difficultés que les métiers peu conventionnels comportent. Je pense que jaimais encore plus lire quécrire. Je lisais beaucoup, dix ou douze heures par jour, et jétais très vorace, sept ou huit livres par semaine. Rapidement, je me suis intéressé au roman parce que cest un mélange dimagination. Cest curieux les vocations.
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Traduit en plus de vingt-cinq langues, Marc Fisher est lun des auteurs québécois les plus lus à létranger. Il a écrit une vingtaine douvrages, dont la célèbre série du Millionnaire, ainsi que deux livres consacrés à lapprentissage de lécriture : Le Métier de romancier (aux éditions Trait Dunion) et Conseils à un jeune romancier (à Québec Amérique ou à Québec Loisirs). Les séminaires de création littéraire quil donne régulièrement sont également très courus.
J.C. : À quel âge avez-vous commencé à écrire et quest-ce qui vous y a incité?
M.F. : Jai commencé à seize ans et au début, comme beaucoup dados, je tenais mon journal intime, fait de tous mes émois dadolescence et de quelques notes de lecture. Jai commencé à lire beaucoup : romans, philosophie, poésie... Quant à ce qui ma emmené à lécriture, jai procédé par élimination en quelque sorte. Je ne me voyais ni médecin, ni avocat, ni comptable. Jaimais lire, et je me suis imaginé que je pouvais devenir romancier. Cest un peu bizarre parce quau fond, quand on est jeune, on ne se rend pas compte des difficultés que les métiers peu conventionnels comportent. Je pense que jaimais encore plus lire quécrire. Je lisais beaucoup, dix ou douze heures par jour, et jétais très vorace, sept ou huit livres par semaine. Rapidement, je me suis intéressé au roman parce que cest un mélange dimagination. Cest curieux les vocations.
J.C. : Quelle qualité ou quel trait de caractère vous sert-il le plus dans votre métier décrivain?
M.F. : Je dirais quil faut considérer deux choses : laspect carrière et laspect talent. Dans laspect carrière, je crois que cest la persévérance. Sauf exception, car certains jeunes écrivains réussissent, cest un métier où lon essuie beaucoup de refus et déchecs, surtout les premières années. Persévérance et capacité de se motiver sont des traits de caractère importants. Cest pour cela que je dirais quil faut être un peu comme un « bulldozer ». Cest un métier difficile que je ne recommande pas forcément à dautres personnes. Il me semble que cest Simenon un écrivain pourtant remarquable qui disait : « Être romancier, cest la vocation du malheur ». Je nai pas compris exactement ce quil voulait dire... Moi, je suis quand même une personne heureuse, même si cest un métier très exigeant, un peu comme pour un artiste, un comédien et les gens qui exercent un métier peu conventionnel.
Quant à lautre aspect, pour écrire, il faut avoir la capacité dêtre présent à quelque chose qui est absent, dentrer dans un monde imaginaire et dy être absorbé, de telle manière que ce monde vit, tout comme les personnages qui lhabitent. Cette capacité-là est, selon moi, supérieure à toute recherche et vient dune espèce de concentration aiguisée, qui fait que lon est capable de sabstraire du lieu où lon vit pour se transporter, de façon constante et pendant plusieurs heures chaque jour, dans un autres univers. Quand cest réussi, le lecteur le ressent. Cest le seul reproche que je fais à mes premiers livres. Cette capacité nétait pas assez développée chez moi, mais elle sétoffe avec le temps, avec lhabitude de sinstaller devant son clavier et son écran. Et il y a peut-être aussi des choses un peu plus mystérieuses. Les bons auteurs sont un peu comme des médiums qui parlent avec lau-delà. Au fond, lau-delà imaginaire, cest lunivers du romancier.
J.C. : Vous conseillez fortement à qui veut écrire détablir le plan de son histoire avant de la développer, une méthode qui doit bien vous réussir puisque vous avez déjà une vingtaine douvrages à votre actif. Est-ce que vous vous astreignez à une discipline de travail après avoir dressé ce plan?
M.F. : Discipline... le mot me fait sourire. La discipline pour moi, cest de ne pas manger de chips, de patates frites et de chocolat, parce que jadore ça et que je men prive. Comme jaime écrire, la part de discipline me paraît faible. Écrire un livre, cest entreprendre un voyage. Entre deux livres, cest comme entre deux voyages. On défait la valise, on lave le linge, tandis quun départ, cest excitant. Quand on écrit, nos facultés sépanouissent; cest quelque chose dexaltant.
Par contre, en ce qui a trait au plan, je le recommande beaucoup aux jeunes. Moi jen établis encore un, même si parfois il nest pas très détaillé. Souvent, quand on commence, on a lillusion que parce quon peut aligner des mots, on peut écrire. Pour de la poésie, le plan est peu utile, mais pour un roman qui est fort et structuré, il faut développer une histoire qui, elle, nécessite un plan. En général, si lon na pas été capable de faire un plan, cest que lhistoire nest pas grosse et quil ne sagit que dimpressions. Ça peut faire un bon livre, mais moi je dis que ce nest pas mauvais de faire dix, quinze ou vingt pages de plan. Il y a toujours moyen de changer didée en cours de route. Plus le niveau de fiction est élevé, plus le plan est nécessaire.
Il y a de grands écrivains qui font un plan et dautres pas. Dostoïevski a élaboré sept ou huit versions de plan pour son uvre LIdiot. Simenon ne faisait pas de plan. Apparemment, le soir il écrivait sur une enveloppe le nom des personnages et des lieux, et il a écrit cinq cents romans comme ça. Flaubert faisait des plans très détaillés quil appelait scénarios. Ça dépend du tempérament et du genre duvre.
J.C. : Vous avouez accorder une plus grande importance à la qualité du récit quà la recherche du style. Les attentes des lecteurs ont-elles conforté votre point de vue à ce sujet?
M.F. : Les premières années de mon apprentissage, je les ai beaucoup consacrées à polir le style, mais au fond, ce nest pas ça que recherche le lecteur. Les gens qui ont lu un livre vont dire : « Ah, cest une histoire fantastique
jai pleuré
jai ri ». Le style ne nous fait pas pleurer; il peut faire pleurer léditeur peut-être! Cest la puissance des situations et des personnages qui va émouvoir le lecteur, et je pense que le fait davoir accentué ma recherche dans cette direction explique un peu pourquoi jai été traduit. Si vous consacrez tout au style, il ne reste pas grande chose à la traduction. Jai lu quelques pages de Madame Bovary en anglais, ce nest plus Flaubert, je regrette! Même chose avec Simenon. En français, on sent latmosphère de Simenon... en anglais le côté magique disparaît, même si ces histoires sont fortes. Cest lauteur le plus lu dans le monde, avec quelque six cent cinquante millions dexemplaires vendus. Jaime construire des choses. Je trouve que le style doit être au service de lhistoire. Ceux qui travaillent beaucoup le style nont peut-être pas grand chose à raconter, cest malheureux à dire.
J.C. : Vous avez écrit, dans LAscension de lâme, que les expériences mystiques que vous avez vécues entre 16 et 22 ans ont constitué la source dinspiration pour tous vos romans. En quoi cette intériorité peut-elle transformer le regard dun écrivain?
M.F. : Lune des premières conséquences des expériences déveil que jai vécues, cest lexaltation des facultés intellectuelles. Vous avez meilleure mémoire, meilleure imagination, meilleure endurance mentale, des qualités très pratiques pour un auteur. Le roman, cest un travail de longue haleine qui demande plusieurs heures de concentration et dimagination. Ce nest pas le but de cette recherche personnelle, mais une conséquence. Les lecteurs mont souvent dit que mon personnage du millionnaire était inspiré. Si vous avez lexpérience de léveil, vous êtes davantage branché sur une source dinspiration plus souvent présente. Les gens le sentent quand ils lisent un livre.
Certaines personnes mettent en doute la réalité de léveil, mais ceux qui lont connu savent quil débloque le psychique. Beaucoup dauteurs en ont parlé, comme Rousseau qui a vécu une expérience déveil spontané; il est devenu écrivain à partir de ce moment-là, ses facultés mentales étant exaltées. Jai aussi lu The Power of Now. Lauteur a vécu ce genre dexpérience et sa vie a radicalement changé. Cest comme avoir trois cents dollars en banque un jour et avoir trois cents millions le lendemain. De lextérieur, ce nest spectaculaire pour personne.
J.C. : Marilou, une toute jeune aspirante écrivaine, se demande si un auteur québécois peut espérer vivre de sa plume. Quest-ce que vous lui répondriez à ce sujet?
M.F. : Il y a plusieurs façons de vivre de sa plume. Certains écrivent pour la télévision, dautres pour le cinéma, dautres des romans. Je dirais à Marilou quil faut surtout se concentrer sur une histoire forte. Jai écrit des livres plus intimistes comme Les Hommes du zoo ou Le Livre de ma femme. À dire vrai, si ces livres ne connaissent pas un succès extraordinaire ici, ils sont difficiles à placer à létranger. Un livre qui est plus imaginatif, plus fort, peut être vendu à travers le monde, comme par exemple Et si cétait vrai, de Marc Levy un premier roman dailleurs. Lhistoire frappe : un médecin trouve dans son placard le fantôme dune femme qui lui dit ne pas être morte, mais quelle est dans le coma en un autre lieu. Voyez-vous, une histoire quon ne peut pas raconter et qui tient juste dans le style a peu de chances de percer, à moins que lauteur ne soit un grand génie littéraire (mais il ny en a pas je pense en ce moment - à une époque, il y avait Proust, Camus, Cocteau, Sartre, des très grands auteurs). Marilou devrait apprendre à raconter une histoire très forte, qui frappe limagination rien quà lentendre, de telle sorte quelle peut dépasser les frontières. Ou faire comme Arlette Cousture ou Marie Laberge, raconter des sagas historiques, mais des sagas québécoises nintéressent pas forcément létranger. Si dans le livre de Marilou on retrouve les dix grandes qualités romanesques (voir Conseils à un jeune romancier), son livre pourrait voyager beaucoup. Comme pour une voiture, on peut se demander ce qui nous plaît dans un livre. Il nous émeut, nous fait rire, nous emporte, nous apprend des choses, nous fait réfléchir. Ce sont des qualités très précises. Et ce livre, tout le monde peut laimer, peu importe la culture.
Jai été invité à un marathon décriture dans un cégep du Québec. Quand jai vu le texte du gagnant, cétait exactement le contraire de ce que jaurais voulu voir. Cétait plutôt un texte poétique. Ça peut être bien, mais arrêtons de rêver en couleur! Traduit en anglais, ça ne donne plus rien. Quelquun dirait : cest quoi lhistoire? Bien, il ny en na pas. Par contre, la critique littéraire aime ça. Moi je nai pas choisi cette voie. Chacun choisit selon ses goûts et ses aspirations, mais pour vivre de sa plume, mieux vaut prendre la voie du récit puissant et des personnages forts. Au Québec, il nous reste encore à développer limaginaire les récits sont souvent sociologiques, politiques, poétiques; cest ce qui fait la différence avec les livres américains qui, eux, sont souvent plus imaginatifs. Une uvre réaliste peut être forte, mais laspect imaginaire mérite dêtre développé au Québec.
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On peut en apprendre davantage sur cet auteur passionné en visitant le site http://www.figuresdestyle.com/fisher/index.html
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