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Une entrevue exclusive avec lécrivain Noël Audet
Écrivain et essayiste québécois, Noël Audet est le père dune dizaine douvrages dont Figures parallèles (poésie), Quand la voile faseille (récits), LOmbre de lépervier (un roman porté à lécran), Frontières ou Tableaux dAmérique
et Écrire de la fiction au Québec (essai) dont la parution lui a valu le titre de Personnalité de lannée 1990 décerné par La Presse pour le milieu littéraire. Il a également enseigné la littérature et la création littéraire à lUQAM pendant près de trente ans, ce qui ne lempêche pas de penser que le meilleur moyen dapprendre à écrire consiste à lire.
J.C. : Vous avez enseigné la littérature et la création littéraire à lUQAM. Au fil des ans, quelles sont les forces et les faiblesses les plus évidentes que vous avez constatées chez les étudiants?
N.A. : Des forces, il y en a beaucoup chez les jeunes. Mentionnons simplement laudace, limagination, la créativité, une certaine forme de courage qui tient peut-être un peu de la naïveté
Et la jeunesse : je veux dire le fait quils ou elles ont devant eux lavenir, donc la possibilité de réaliser bien des choses, surtout le temps dapprendre avant de monter au front, le temps de bien se préparer en vue dexercer nimporte quel métier. Pour ma part, cest entre 17 et 25 ans que jai emmagasiné la somme dinformations et de formation la plus considérable de toute ma vie. |
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Des faiblesses, en ce qui concerne le projet décrire chez les jeunes, je nen nommerai que quelques-unes, plus coriaces que dautres, leur tache aveugle en quelque sorte : beaucoup nont pas lair de comprendre que leur instrument, cest la langue, la maîtrise de la langue. Cest comme un pianiste qui aurait des idées géniales mais qui ignorerait tout de la composition musicale et naurait même pas de piano. Comment peut-il transmettre ses compositions? On me répondra : on sait parler, donc on est capable décrire. Ce nest pas tout à fait exact. Lécriture littéraire demande une maîtrise bien supérieure à celle de la simple parole quotidienne. Deuxième défaut corollaire : pour maîtriser un peu la langue et les techniques minimales de lécriture littéraire, il faut avoir beaucoup lu, de grands auteurs, en tout cas de bons auteurs. Le reste est question de talent, pour cela ou pour autre chose. Personne nest obligé dêtre écrivain. Mais en essayant décrire, on devient souvent de meilleurs lecteurs. Rien nest donc perdu.
J.C. : À quel âge avez-vous commencé à écrire sérieusement, avec lobjectif dêtre publié? Est-ce qu'un événement ou une personne vous a incité à écrire?
N.A. : Javais bien sûr écrit de petites choses à ladolescence, sans songer à la publication, parce que la littérature mapparaissait terriblement exigeante. Il faut parfois des coups de pouce externes. Dans mon cas, Gilles Vigneault maura encouragé à publier mon premier recueil de poèmes (Figures parallèles), quand javais une vingtaine dannées. Ensuite, jai poursuivi mes études, jusquau doctorat, et jai enseigné, avant de me mettre pour de bon à écrire. De la prose. Suite aux encouragements dun ami, grand lecteur de littérature québécoise, jai décidé de publier Quand la voile faseille. Javais 41 ans. Autrement dit, il manque à mon uvre toute la partie « jeunesse », dont je ne sais pas ce quelle aurait pu être, si javais eu loccasion de lécrire. Mais les circonstances ne mont pas permis de my consacrer.
J.C. : Où puisez-vous votre inspiration?
N.A. : Voilà une vaste question, en même temps quelle est très simple. On sinspire de ce que lon vit mais il ne faut pas trop y recourir, parce que cest limité au départ. On tire son inspiration surtout des autres, de lobservation des autres, de la société, de la marche du monde. Alors là, les sujets sont infinis. Certains de mes contes ou nouvelles ressemblent à des photographies. Je tentais de fixer une situation qui me semblait pleine de sens, ou exceptionnelle. Pour le roman, cest autre chose. Il faut construire longuement son sujet, sous divers angles, faire des recherches souvent, pour viser juste, composer ensuite sa symphonie, je veux dire rendre le texte consonant dun bout à lautre, et cohérent.
J.C. : À quel travail de préparation vous livrez-vous avant décrire un roman?
N.A. : Cest que le roman est une grosse machine, il faut donc sassurer quon a toutes les pièces et quelles fonctionnent (thèmes et formes). Ça dépend des sujets, bien sûr, mais il faut parfois pas mal de recherches pour éviter décrire des bêtises. Surtout si on retourne dans le passé, même récent. Tel café quon met en scène nexistait peut-être pas il y a seulement quinze ans! Des recherches donc, sur le sujet et le contexte social, historique. Invention des personnages, avec leur tempérament, leur histoire personnelle. Ensuite commence ce que jappelle la forme de lécriture, la construction formelle. Parce quon se trouve devant une multitude de possibilités, il faut choisir : le ton, la langue, lécriture, le style; choisir les structures narratives qui serviront le mieux mon sujet (Je, Il, le temps, les lieux
); diviser le texte à venir selon un certain rythme, qui dépend de la densité de lécriture : en chapitres, en parties. Déterminer un peu davance ce qui sera traité dans telle ou telle partie de manière à ne pas piétiner mais à faire avancer le récit et à tenir le lecteur en haleine jusquà la fin.
J.C. : Vous êtes lauteur de lessai intitulé Écrire de la fiction au Québec. Hormis la petitesse du marché québécois, quelles sont les particularités ou les difficultés auxquelles fait face un romancier dici?
N.A. : Je dirais que la première difficulté relève de notre appropriation incertaine de la langue; la seconde de létroitesse du marché, qui tient peut-être elle-même dun certain mépris de la littérature québécoise. Ou dun préjugé défavorable. On sen méfie, on préfère ce qui vient dailleurs. Souvent à tort. Pour le reste, les conditions sont plutôt favorables. Les éditeurs sont en général accueillants, contrairement à ce que les gens racontent les éditeurs ne peuvent tout de même pas publier nimporte quoi de mal écrit, mal conçu, garroché nimporte comment! De plus, il y a beaucoup dateliers décriture, dans les universités ou ailleurs, où lon peut sinscrire même comme étudiant libre. Il y a beaucoup de bibliothèques aussi, et les jeunes ont cette chance que je navais pas : la littérature jeunesse, ce qui leur permet de se familiariser avec le phénomène littéraire pour ainsi dire la couche aux fesses! Je les envie.
Pour écrire, de toute manière, il faut la passion. Ou que cela devienne une passion. Alors les difficultés narrêtent personne.
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